0 Hommage à la gagnante !

Vous la connaissez sans doute ou vous en avez déjà entendu parler, Annick Blusson arpente les bords de touches avec son appareil photo depuis environ 8 ans. Une passion couronnée ce week-end par le prix de la meilleure photo "action" de l'année au concours  "Photographe de l’année 2012 FA.com" ainsi qu'une 5e place dans la catégorie "ambiance". Présentation...

(c) 2012 - GUIRAL Philippe
On ne demande pas son âge à une dame…, on connaît ton nom et ton prénom,… que demander ? Tiens, ta profession ?

La réponse passe partout que je fais habituellement est : je suis ingénieure dans le spatial… mais je trouve que cela ne veut rien dire et je ne m’y reconnais pas du tout ! De formation, je suis docteur en Géologie. A la fin de mes études, on m’a proposé un poste d’ingénieur qualité et gestion de projet dans une filiale du centre spatial de Toulouse.
Aujourd’hui, je fais principalement du suivi de gros projets européens de développements de chaînes de traitements de données scientifiques. Cela me permet d’être en contact avec des entreprises de divers pays d’Europe, ce qui est très enrichissant

La photographie c’est une passion mûrie ou un hobby découvert sur le tard ?

Je dirais ni l’un ni l’autre … En fait elle a toujours fait partie de ma vie de façon plus ou moins importante en fonction des périodes. Mes parents m’ont offert mon premier appareil photo j’avais 10 ans. Mon grand père paternel faisait de la photo (j’adore regarder ses vieux clichés en noir et blanc), deux de mes oncles avaient installé des petits labos chez eux et développaient eux-mêmes leurs travaux, et mon frère aîné fait de magnifiques photos… J’ai toujours eu un appareil pas loin et j’ai des cartons pleins de tirages, de négatifs et de diapos. J’ai beaucoup photographié mes fils les premières années, moins ensuite parce qu’ils n’aiment pas trop ça, et je ramène toujours beaucoup de clichés de mes balades et voyages.
Il y a 8- 9 ans, lorsque mes garçons ont commencé le footUS, je rageais de ne pas avoir de belles photos d’eux en action. Alors comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, petit à petit, je me suis intéressée au sport lui-même et à la technique photo car je procédais jusque-là plutôt de façon intuitive. Je me suis mise au numérique et au fil des saisons, j’ai investi dans du matériel plus performant. Je pense que c’est devenu une vraie passion, le footUS aussi d’ailleurs !

Tu t’es intéressée au foot us grâce à tes deux fils qui y jouent. Peux-tu nous re-préciser les conditions exactes et notamment pourquoi ils ont choisi tous les deux ce sport plutôt qu’un autre ?

Et bien je pense que c’est à eux qu’il faudrait le demander, mais je vais essayer de répondre.
Ils ont toujours eu un gabarit supérieur à la moyenne de leur âge. Une relation, qui connaissait quelqu’un au Stade Toulousain, nous faisait régulièrement des propositions pour les faire entrer au Stade mais ça ne les a jamais tentés. Ils ont fait du judo en primaire et ensuite plusieurs sports mais aucun de façon intensive. Et puis un copain de lycée qui jouait aux Ours les a encouragés à venir essayer le footUS. Et il a suffi d’un entrainement ! Ils étaient en classe de première. Je pense qu’ils cherchaient un sport sortant de l’ordinaire où leur physique serait un réel atout et le footUS a été une vraie révélation. Ensuite ils ont plutôt bien réussi.

Annick entourée de ses deux fils
(c) 2009 - Chapelot Yvan
Au passage, donne nous des nouvelles de tes deux gaillards ?

Thomas est en thèse de physique dans un labo à Lausanne. Après une saison à faire les allers-retours Lausanne –Grenoble pour la première saison Elite des Centaures, il a rejoint l’équipe de Lausanne, le LUCAF, qui joue dans deux championnats suisses :  NSFL et SAFV. La proximité lui permet de plus s’investir dans le club en étant coach défensif et LB.
Bertrand, après son école d’ingénieur, est dans le monde du travail. Il n’a pas pu prendre de licence l’an dernier car il n’avait pas de situation fixe à long terme. Il a changé d’emploi récemment et est parti en région champenoise. Je pense qu’il aimerait reprendre mais il ne semble pas y avoir de club à proximité. En France, comme tu ne peux pas vivre du footUS, c’est le travail qui est prioritaire !

Tu as été photographe des Ours de Toulouse au point d’être surnommée « Maman Ours » par la famille du foot us français. Après le départ de tes fils du club, tu t’es mise à photographier beaucoup les jeunes catégories. Tu m’as confié une fois que c’est un plaisir particulier, pourquoi ?

Quand je me suis inscrite sur le forum des Ours il y a pas mal d’années pour partager mes photos, j’ai choisi ce pseudo de « mamanOurs ». Ensuite, je l’ai utilisé sur le chat de Radiossa lors des émissions du lundi soir. C’est de là je pense que vient le fait que certains me connaissent sous ce pseudo.
Quand Thomas et Bertrand sont partis de Toulouse pour leurs études, j’ai eu envie de continuer à faire de la photo de footUS même s’ils ne jouaient pas. Si j’ai suivi toutes les sections, j’avoue que ce que j’aime chez les plus jeunes c’est une ambiance particulière : de l’envie, de la spontanéité, de la simplicité, de la maladresse aussi parfois et beaucoup d’enthousiasme. Ca doit probablement toucher ma fibre maternelle quelque part !

Maintenant, on doit t’appeler « Maman Kangs » tellement tu te passionnes pour l’équipe de Pessac. Qu’est-ce-qui te plaît chez eux ?

L’ambiance qui règne tant au sein de l’équipe que du staff, de mon point de vue un peu extérieur. J’ai commencé à aller les voir jouer par intérêt, on y est d’ailleurs allé ensemble une fois la saison dernière Greg. J’aime ce que je sens de leur approche de ce sport. Ils ont la gagne, bien sûr, mais on sent aussi un réel plaisir à jouer. Ils sont d’un côté très sérieux quand il s’agit de s’investir, de s’entrainer, de pratiquer leur sport, et de l’autre c’est la rigolade. Ils ne se prennent pas la tête. J’ai l’impression que cela vient de la moyenne d’âge qui est plutôt jeune (23 ans) et aussi en partie de Manu Maguet qui est à la fois très sérieux lorsqu’il s’agit du sport et capable d’être, comme je l’ai entendu le dire lui-même, « déglingo ». Il y a une sorte d’alchimie qui fonctionne plutôt bien, comme le montrent la progression du club et les résultats de cette saison. Et puis ils m’ont très bien accueillie dés le début et sont vraiment sympa avec moi !
Alors m’appeler « mamanKang », je ne sais pas, mais comme l’an prochain j’aurai une licence du club, je ferai un peu partie de la famille !

Ta démarche s’inscrit donc plus dans l’objectif de partage de tes clichés avec les sujets photographiés plutôt qu’une démarche de vente ou d’exposition pour des tiers ?

Oui, j’aime partager mes clichés avec les joueurs, les familles et les clubs. Le footUS en France est encore très modestement développé et je me vois mal demander à un club qui a peu de moyens de me payer pour des photos alors que je viens de ma propre initiative.
En revanche je suis plus stricte en ce qui concerne l’utilisation de mes photos pour des publications. Je ne veux pas faire de la concurrence à des photographes dont c’est le métier en donnant gratuitement des photos qui devraient être payées. Mais ce n’est pas facile de faire passer le message du copyright et il arrive trop fréquemment que l’on ait la mauvaise surprise de découvrir que quelqu’un a publié une photo sans demander d’autorisation.
D’un autre côté, rares sont ceux qui sont prêts à payer. J’ai été sollicitée plusieurs fois pour des publications et lorsque j’ai annoncé que je demandais un petit quelque chose en échange, soit je n’ai plus eu de nouvelles, soit une autre photo a été utilisée …
Je commence à participer à des concours et expos modestes pour avoir une idée d’où je me situe et des progrès que j’ai à faire. Je ne serais pas contre une démarche de vente mais je ne suis pas très à l’aise dans ce domaine.

Les gens qui te connaissent savent que tu n’es pas du genre à avoir la grosse tête après un concours gagné. Mais avoue, c’est flatteur quand on voit la compo du jury qui t’a primé ? Tu t’y attendais ?

Je mentirais si je disais que cela ne me fait pas plaisir et ce ne serait vraiment pas sympa envers Thomas Savoja (FootballAmericain.com) qui a organisé ce concours ! Et puis il serait bien prétentieux de ma part de ne pas accorder de valeur à l’avis de ce prestigieux jury. Mais je ne m’y attendais vraiment pas. Dans la liste des photographes, il y avait des noms que je connaissais comme V. TRAN NGOC, T. DEPAEPE, G. MOUCHET et des personnes dont c’est le métier, je ne me sentais pas au niveau. Je n’en reviens toujours pas d’ailleurs !
Je vais essayer de faire plus attention aux recommandations exprimées par le jury sur les arrières plans, la prise de vue en étant agenouillée bien qu’à mon âge ce ne soit pas si confortable !!! …

La photo gagnante dans le catégorie "Action"
(c) 2012 - Annick Blusson

Pour les spécialistes, tu bosses avec quoi comme matos ? En quoi un bon matos fait la différence avec celui d’un amateur comme moi qui se pointe avec un numérique de base ?

Au fil des ans j’ai investi dans un matériel plus performant pour le sport. En argentique, j’étais Pentax à fond. Quand je suis passée au numérique j’ai hésité et puis j’ai craqué pour Canon et je ne l’ai jamais regretté. Actuellement, j’ai un Canon EOS 7D, un objectif 24-70mm f/2.8 pour les photos d’équipes par exemple, et pour les matchs je viens tout juste de remplacer mon 70-200 f/4L IS USM par un 70-200 f/2.8L IS II USM  qui a une luminosité et un piqué vraiment impressionnants. Petit inconvénient : il père 1kg490 à lui tout seul … ça fatigue un peu le bras gauche ! J’ai aussi un 100-400 f/4.5-5.6L IS USM mais je l’utilise moins souvent.
Je ne suis pas une pro mais je pense que dans de bonnes conditions tu peux faire de très beaux clichés avec un appareil simple. D’ailleurs Greg tes photos sont souvent très réussies. C’est quand les conditions deviennent défavorables voire limites que ça se complique. Eloignement, manque de lumière … Quand tu peux zoomer ou quand tu as un objectif avec une plus grande ouverture, tu vois la différence.

La photo classée N°5 dans la catégorie "Ambiance"
(c) 2012 - Annick Blusson

Un match cela représente combien de clichés une fois à la maison ? Tu les tries ou tu les retouches avant de les publier sur tes supports web ?

C’est variable. Je dirais que pour un match « normal » je peux avoir autour de 300-350 photos. Dans certains cas particuliers, comme la finale de samedi, avec les photos d’après match, ça peut aller jusqu’à 500-600. Je les trie et je les retouche si besoin. Ca me prend plusieurs soirées à chaque fois. Je viens d’investir dans du matériel plus performant que mon vieux PC pour me faciliter la tâche.

Vous êtes de plus en plus nombreux sur les bords des terrains. A force vous apprenez à vous connaître. Partages-tu cette passion avec d’autres photographes de notre sport ?

Au fil des années, à force de se rencontrer au bord des terrains, on finit par tisser quelques liens. Je ne peux pas citer tout le monde… Je connais bien sûr les photographes des Ours; il y a quelques années j’ai particulièrement sympathisé avec Olivia Nasr et Yvon Chapelot qui font de très belles choses chez les Centurions, et cette saison j’ai rencontré un professionnel à Pessac, Nikolas Ernult dont j’apprécie énormément les compétences et la gentillesse. Il y a Olivier Rival et toi Greg bien sûr ! .. et quelques autres avec lesquels j’ai des contacts par le biais d’internet.

On te verra encore longtemps sur les terrains ? Qu’est-ce-qui pourrait de donner envie de t’arrêter ?

Je ne sais pas. Si l’ambiance ne me plait plus, sûrement. Sinon ce serait plus par obligation, si l’accès aux terrains devient un jour réservé aux professionnels, ou quand je serai trop vieille pour tenir l’appareil !

Quelque que chose à rajouter ?

Trois choses en fait.

Un mot particulier pour le club universitaire des Phoenix de l’INP Toulouse et pour le travail remarquable fait par son fondateur Ugo Robert. J’essaie de les aider à se faire connaître. Je pense que l’essor de ce sport en France passe par le développement universitaire.

Ensuite, le plaisir que j’ai de découvrir de nouveaux clubs chaque année avec des bénévoles très sympathiques comme, en 2012, les Scorpions de Longages ou les Aurochs de Cahors ;  les arbitres aussi que je commence à connaître à force d’aller me présenter avant chaque match.

Et pour finir un petit coup de cœur : des parents qui m’ont demandé un fichier pour offrir en cadeau de Noël à leur fils, joueur, un poster d’une photo de lui en match. Je sais que le cadeau a été très apprécié !

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