0 Le modèle allemand


La comparaison franco-allemande est devenue une ritournelle dans tous les domaines. Le football américain n'y échappe pas. Le championnat allemand va reprendre ses droits ce week-end. L'occasion de mettre en lumière le modèle que la GFL a choisi pour médiatiser son championnat à l'heure où la France continue de tergiverser sur les choix à faire en terme de médiatisation.
Et qui en France, sinon notre ami Nicolas Martin (dit Fighti), chroniqueur à Radiossa et GFL-TV et GFL-RADIO, était le mieux placé pour répondre à nos questions ? 

Tu dirais quoi à un gars qui débarque de Mars pour lui expliquer ce qu’est GFL-TV ?


C'est GFL-TV et GFL-Radio d'ailleurs. C'est mettre en scène pour un plus grand public un sport qui en vaut la peine.
Pour les moins martiens d’entre nous, c'est essayer de créer un accompagnement médiatique pour la première division du championnat allemand de football américain (GFL), via des retransmissions radio en direct le week-end et un résumé en images de 20 à 45 minutes (en fonction du nombre de matches du week-end) chaque mercredi.

Cela représente quoi en chiffres (nombre des directs par an, nombre de reportages, l’audience) ?

Pour ma part, j'ai commenté 35 matches en direct l'année dernière (donc les 4 matches du mondial à Vienne). GFL-Radio a retransmis 45 matches pour au total plus de 20 000 auditeurs et il y a eu 20 émissions GFL-TV dont chacune est visionnée par plusieurs milliers d'internautes sur Youtube (www.youtube.com/AmFiDTV) et Vimeo (vimeo.com/amfid).

En plus, les clubs de Dresde, Braunschweig et Düsseldorf proposent eux aussi les retransmissions en direct de leurs matches, ce qui veut dire que ca fait à peu près 30 matches de plus retransmis en direct par radio. Sachant que la saison représente à peu près 100 matches avec les playoffs, les 3/4 des matches de championnat GFL (et quelques matches de GFL2) étaient donc disponibles en direct radio en 2011.

Quel est le statue juridique ? Et pourquoi ce choix ?

C'est ce qu'on appelle en allemand une "GbR", "Gesellschaft bürgerlichen Rechts" (société de droit civil en fait une association de personnes sans capital) ce qui correspond le plus à ce qui s'appelle en Suisse par exemple "Société simple". Il me semble que le choix était assez limité de toute manière, nous ne sommes pas assez pour créer une association par exemple.



L'équipe GFL repart pour la saison 2012


Côté argent : c’est quoi comme budget ? Quelles sont les principales ressources et les principales dépenses ?

Le budget nous est mis à disposition par les clubs. Chaque club paie 4000 Euros par an dans une société commune de gestion des droits TV, notre budget est donc une partie de cette caisse, mais une autre partie sert à financer la retransmission de la finale à la TV hertzienne (ces dernières années Sport1 ou Eurosport/Eurosport2).

Côté humain : c’est combien de gens qui y travaillent ? Sont-ils rémunérés ou dédommagés ?

Nous sommes 3 à gérer le projet :

Andreas Renner, commentateur Bundesliga, Bundesliga2, Champion League et Europa League sur Sky Sport (Pay-TV allemand), commentateur de NFL et NFL-Europe sur Sky et DSF quand celles-ci avaient les droits et aussi commentateur de rugby. Il commente les résumés de GFL-TV et à l'intersaison de foot commente aussi les matchs en direct à la radio.

Olaf Nordwich, créateur du site amfid.de, qui s'occupe du montage de l'émission GFL-TV.

Et puis il y a moi.

A part ca, nous avons un certain nombre d'assistants qui nous aident sur place (par exemple à Essen, à Berlin ou à Kiel). Et puis bien sur, GFL-TV ne fonctionnerait pas, s’il n'y avait pas tous les cameramen dans les stades.

Notre budget ne permet pas de faire des folies, donc notre journaliste professionnel est certes rémunéré, mais par rapport au boulot accompli sur l'année et l'expérience dont il nous fait profiter et qu'il partage, ca reste symbolique. Olaf et moi travaillons pour l'instant sur la base d'une couverture de nos frais (déplacements et autres).

Quels sont les objectifs de développement que se fixe GFL-TV à court terme ?

A court terme, pour cette saison, nous espérons que toutes les équipes se mettent à la HD pour éviter les trop gros sauts de qualité d'un résumé à un autre.

Et à long terme ?

A long terme, nous aimerions que nous soyons un peu plus que 3 pour gérer cette affaire et puis le long terme, c'est naturellement de retransmettre des matches en vidéo de manière régulière, mais là de nouveau en dehors du matériel, c'est aussi un problème humain (il faut donc au moins 1 cameraman et 1 réalisateur sur chaque match).

Parlons-nous de toi. Depuis quand fais-tu parti de cette aventure et comment as-tu abouti là ?

Je fais partie de GFL-TV / GFL-Radio depuis les débuts en 2009. J'ai commencé comme commentateur radio à la radio des Blue Devils de Hambourg en 2006, mais après un déménagement à Karlsruhe pour raisons professionnelles en 2008 et la descente en D3 des Blue Devils avant la saison 2009, il fallait trouver autre chose. Et c'est là qu'on m'a demandé si je voulais faire partie de l'aventure et j'ai été assez fou (comme il faut l'être dans ce monde du foot US européen) pour dire oui. En plus, nous sommes tous basés dans la région de Karlsruhe, donc c'est assez pratique à ce niveau là aussi.

Ta fonction exacte ? Cela consiste en quoi ?

Les weekends:
Le commentaire en direct dans les stades allemands, de Munich à Kiel et de Sarrebruck à Berlin. Après les matches, j'enregistre les interviews avec les coaches pour GFL-TV.

En semaine:
Jusqu'à présent la préparation des matches des week-ends suivant et quelques enregistrements en off pour les résultats et les classements sur GFL-TV. Cette année, je vais aussi commenter quelques résumés pour GFL-TV.

A l'intersaison:
Je consomme beaucoup de retransmissions sportives américaines (pour toujours continuer d'apprendre à mieux analyser un match de foot US pour ceux qui écoutent) et allemandes (pour être dans le style du pays, pour proposer un commentaire d'un type auquel les gens sont habitués).

Quelles sont tes motivations et qu’attends-tu en retour de ta participation à GFL-TV ?

L'idée pour moi c'est de rendre ce championnat, qui était un championnat qui avait surtout lieu sur le papier (communiqué de presse d'avant match le jeudi, communiqué le lundi pour le résultat) plus vivant, que les gens se rendent compte que c'est 6 mois d'activité permanente et que c'est un championnat qui vaut le coup d'être observé et regardé régulièrement.

Qu'attendre en retour ? Le fait que les clubs nous acceptent, nous les nouveaux, c'est déjà une grande récompense. A part ca, c'est aussi le point de départ pour d'autres projets, nous avons par exemple produit un podcast hebdomadaire sur la NFL en collaboration avec la radio Internet Sportradio360 où je me retrouve mentionné comme faisant partie de l'équipe au milieu de commentateurs Sky, Sport1 ou Eurosport. Ca aussi, c'est une sorte de reconnaissance que nous faisons du bon boulot et qu'il est apprécié. Je dirais que vu comme le mode Internet a la critique facile (je le sais de part mon boulot), les retours extrêmement positifs que nous avons en permanence sont une très grande reconnaissance et ca c'est une énorme motivation supplémentaire.

Fighti à l'euro 2010

 La FFFA veut médiatiser son championnat Elite. En tant que chroniqueur à Radiossa, j’imagine que tu as suivi le dossier de prêt. Quel est ton regard sur le projet qui a été présenté (puis suspendu) ?

J'ai suivi de loin l'affaire, j'ai surtout trouvé que c'était cher pour les clubs (dans l'absolu, pour le rapport qualité/prix, je ne peux pas juger). Je sais que du côté de la GFL, la dépense de 4000 Euros pour le "pot média", certains clubs la sentent bien passer, l'idée de demander encore plus, ca poserait des soucis ici ou là. Je pense que c'est une bonne idée de vouloir médiatiser ce championnat et de vouloir profiter des nouvelles possibilités qu'offre l'Internet à haut débit, mais à mon avis, le concept était un certain luxe, pour lequel je ne suis pas sûr que l'Elite sera prête. Je suis d'accord sur le but (en arriver à ce projet), mais à mon avis, il faut effectuer un certain chemin pour y arriver et commencer par exemple par un concept du style GFL-TV / GFL-Radio. Et puis pour faire quelque chose de grande envergure comme ca, il faudrait dé-regionaliser un peu l'Elite (pour l'instant Ile de France + Amiens et sud-est) et peut-être passer à 10 ou 12 équipes, histoire de ratisser plus large.

 Avec ton expérience, ton sérieux et tes compétences reconnues, pourquoi ne présentes-tu pas ton CV à la FFFA pour piloter un projet ?

Je n'ai aucune idée si mon sérieux et mes compétences sont reconnus en France, tant au niveau des clubs qu'au niveau fédéral, je ne sais pas si mes interventions à Radiossa donnent cette image de moi. Le problème principal reste naturellement un problème de temps et une collision des calendriers Elite et GFL au printemps, ce qui fait que je me vois difficilement me lancer dans une telle aventure. Ceci dit, s’il y a besoin d'aide en hiver (Kalrsruhe a peu d'atouts, mais on est en 3 heures à Paris par TGV), si quelqu'un (fédération ou club d'ailleurs) souhaite nous contacter pour en savoir plus sur notre projet, si quelqu'un souhaite qu'on l'aide ou bien aimerait profiter de mon / notre expérience, je suis disponible pour toute prise de contact.

Pour finir, un petit pronostic sur la GFL 2012. Donne-nous tes favoris et tes outsiders pour cette saison !

C'est dur cette année, première année d'un championnat à 16 équipes et pas mal d'inconnues.
Les favoris: Schwäbisch Hall et Kiel, forcément, talonnés par Düsseldorf
Les surprises possibles: Dresde, Munich, Marburg, Braunschweig.

Encore merci pour ta disponibilité et bonne saison !


Interview de Belette

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